|
|
|
|
PIERRE VÉRON BLANDINE FINAS-TRONEL Avocats à PARIS 1, rue Volney Tél. +33 (0) 1 47 03 62 62 LYON 53, avenue Maréchal Foch Tél. + 33 (0) 4 72 69 39 39 firstname.name@veron.com |
La spécialisation des juridictions Audition par Avocat à Je parlerai essentiellement du contentieux
des brevets d’invention, qui constitue mon activité professionnelle
exclusive. Ce
contentieux présente un certain nombre de particularités qui lui ont fait
réserver, dans tous les pays industriels du monde, un traitement
juridictionnel spécifique : }
technicité }
besoin de
sécurité juridique Après
les avoir rappelées, je m’attacherai à démontrer que ces spécificités
justifient des solutions juridictionnelles particulières : }
spécialisation
des juridictions }
reconnaissance
de la spécialisation dans la carrière des magistrats |
|
|
|
|
|
Spécificités du
contentieux des brevets d’invention Technicité
et besoin de sécurité juridique sont les deux traits spécifiques du
contentieux des brevets d’invention. Technicité Les
brevets d’invention couvrent des inventions nouvelles qui, par définition,
représentent la pointe des technologies existantes. Beaucoup
concernent la mécanique ou l’électricité, accessibles, avec une présentation
appropriée, à tout juge attentif. Mais,
dans certains domaines de haute technologie (chimie avancée, pharmacie,
biotechnologie, aéronautique, télécommunications), les brevets d’invention
couvrent parfois des innovations techniques d’accès difficile. Par
ailleurs, la technique juridique mise en œuvre est particulière. Les
brevets d’invention sont des titres de propriété industrielle décernés par
des offices spécialisés nationaux (comme l’Institut national de la
propriété industrielle) ou régionaux
(selon la terminologie consacrée, comme l’Office européen des brevets). Ces
offices appliquent des règles de brevetabilité pratiquement identiques dans
le monde entier, qui concernent la nouveauté de l’invention, l’activité
inventive dont elle doit faire preuve et la description claire et suffisante
qui doit en être donnée pour que le brevet d’invention enrichisse
effectivement l’état de la technique et contribue ainsi au progrès
scientifique et économique. Lorsque
les offices ont vérifié que l’invention le justifiait, ils délivrent un
brevet d’invention qui confère un monopole temporaire à son
propriétaire : en échange de la divulgation de son invention, il
bénéficie d’une longueur d’avance pour l’exploiter. Mais, si le brevet est l’objet d’une
contrefaçon, il appartient aux tribunaux de vérifier si le titre de propriété
délivré par l’office est ou non valable. Les règles juridiques applicables
sont complexes et leur application demande beaucoup d’expérience. Car la difficulté est de faire entrer
dans un cadre juridique une problématique essentiellement technologique
(« l’utilisation d’un double
synchroniseur de protons allégés témoigne-t-elle d’activité inventive, alors
que la technique ne connaissait que l’utilisation de simples synchroniseurs
de protons lourds ? »). |
|
|
|
|
|
Besoin de sécurité juridique Le
besoin de sécurité juridique est commun à tous les opérateurs économiques. Mais
il revêt une acuité particulière en matière de brevets d’invention. Car,
dans certains secteurs économiques (la pharmacie, par exemple), une nouvelle
activité ne peut être envisagée que si une protection par brevet est acquise
(le coût de développement d’un nouveau médicament se chiffre en centaines de
millions d’euros et ne peut être amorti que grâce à l’exclusivité temporaire
que confère le brevet). L’industriel
innovateur demande donc : « Je viens de recevoir un brevet pour mon invention. Ce brevet me
protège-t-il effectivement contre la contrefaçon ? Puis-je investir en
toute sécurité les dizaines de millions d’euros que nécessite son
exploitation ? Aurai-je les moyens de faire cesser une contrefaçon s’il
s’en manifeste ? ». Inversement,
le fabricant de médicaments génériques va se demander s’il peut mettre dès
aujourd’hui sur le marché un générique de telle spécialité pharmaceutique ou
si les brevets que détient le titulaire de cette spécialité sur la
formulation du médicament le lui interdisent. Dans
les deux cas, une décision économique lourde de conséquences sera prise sur
la foi d’une analyse prédictive de la validité du brevet d’invention. De
ce point de vue, le domaine des brevets d’invention se singularise par le
fait que la décision économique d’investissement est prise en fonction d’une
analyse juridique de la validité d’un titre. Et
ce n’est pas un phénomène exceptionnel : les responsables de propriété
industrielle des grandes entreprises de nombreux domaines indiquent que leur
activité d’analyse de la validité de leurs titres ou d’étude de liberté
d’exploitation occupe plus de temps que le dépôt des brevets d’invention. La sécurité qu’ils attendent ne peut leur être
apportée que par des juridictions spécialisées. Solutions juridictionnelles
souhaitables Spécialisation des juridictions Les praticiens sont unanimes à
réclamer la spécialisation des juridictions en matière de propriété
industrielle, et, de façon toute particulière, en matière de brevets
d’invention. |
|
|
|
|
|
Seule une pratique régulière peut
conférer au juge la connaissance du droit particulier, l’expérience et la sureté
de main qui permettent de trancher ces litiges de façon satisfaisante. La spécialisation des juridictions
est de règle dans les grands pays industriels. Aux États-Unis d’Amérique, une cour
d’appel spécialisée, unique pour l’ensemble de l’Union, a été instituée en
1980, En Allemagne, les affaires de brevet
d’invention sont confiées à un nombre restreint de tribunaux et concentrées,
en pratique devant celui de Düsseldorf à concurrence d’au moins 60 %. Au Royaume-Uni, elles sont portées
devant En France, la spécialisation des
tribunaux est de règle depuis 1968, le nombre des tribunaux ayant été ramené
de 10 à 7, ce qui, de mon point de vue est encore beaucoup trop (le nombre de
procédure par an est de l’ordre de 500 pour Reconnaissance de la spécialisation
dans la carrière des magistrats Instaurer
la spécialisation des tribunaux sans en reconnaître la valeur dans la
carrière des magistrats serait illusoire. Naguère,
en France, les magistrats spécialisés pouvaient faire toute une carrière dans
une même discipline, en passant de la première instance à l’appel, puis à C’est
ce qui continue à se pratiquer dans les grands pays industriels : les
juges de brevets allemands, américains, anglais ont des années d’expérience
qui leur confèrent une grande autorité. Il
est absolument essentiel de rendre possible la conciliation de l’avancement
et de la spécialisation pour que nous ne voyions plus partir nos juges les
plus expérimentés vers des formations où ils n’utiliseront plus leur
expérience. Le
système actuel prive les magistrats d’un juste retour sur l’investissement
intellectuel que requiert la spécialisation ; il prive les parties du
droit qui est le leur à un juge qualifié et expérimenté. |